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Future
Singularities

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Jun 01, 2016Rémi Le Masson

Un regain d’intérêt pour l’authenticité se fait sentir dans les travaux des créatifs depuis quelques temps : comme si l’image du glamour et des apparats commençait à s’écorner, une mise à distance de tout ce qui se rapproche de près ou de loin à la légèreté ou à un manque de profondeur est manifestement en train de s’opérer. Nous vous en parlions récemment dans notre article consacré au scepticisme inspiré par la mode glam ici (insérer lien de l’article) et à l’émergence de marques prônant à la fois sophistication intellectuelle, esprit irrévérencieux et simplicité esthétique tels que Marques Almeida, VEJAs ou encore Eckhaus Latta.

A l’instar de ces marques, la photographe Harley Weir fait partie de cette nouvelle vague de photographes de mode qui contribue à épurer l’approche à la création d’images dites d’inspiration. De manière juste et éclairée, son travail visionnaire mène à une réflexion sur les notions d’intimité, de féminité et de sensualité. Au travers de ses photographies, qu’on peut largement aborder comme une études des corps et des moeurs, Harley Weir se libère de la notion d’attache au genre ou à la localisation géographique au profit d’une perspective frappante d’humanité et de sincérité. “I just want to move someone. It doesn’t really matter what emotion it is really – whether someone’s disgusted, or it reminds them of love or anything like that. Any emotion, I would be very happy. It’s so difficult to move people.” Voyons ensemble comment à la force de projets riches et accrocheurs, cette londonienne invite à un renouveau des thématiques visuelles plaçant l’authenticité au sein du système de valeurs de la génération Z.

Intimité et sensualité

Allant à l’encontre l’esthétique abrasive et plus suggestive de photographes comme Terry Richardson, Juergen Teller ou encore Wolfgang Tillmans, les travaux d’Harley Weir laissent entrevoir les contours d’une imagerie poétique, stimulante et surtout très incisive. En passe de populariser un langage photographique singulier, son approche de la photographie numérique offre de nouvelles perspectives exprimant la possibilité d’une communication différente, mettant en lumière avec beaucoup d’audace et un un brin d’impertinence les thèmes de l’érotisme, de la sexualité et de la féminité. Sa capacité à exprimer de manière charnelle et sensuelle, au travers de séries composées soit de natures morte ou de campagnes publicitaires lui a valu de brillantes collaborations avec des marques telles que Jacquemus, Christopher Kane ou Stella McCartney.

Sans compromettre les valeurs intrinsèques de ses propres vertus et sensibilités. L’atmosphère intimiste et lascive de ses photos est diffusée au moyen de la révélation directe et sans faux-semblants de certaines parties du corps, comme dans une des séries issue de ses travaux personnels où elle rend hommage à l’anatomie des roux: les poils pubiens, les lèvres charnues et les chevelures flamboyantes y sont sublimés. On retrouve cette aisance à faire le lien entre le corps et la disposition de l’esprit dans chacun de ses travaux, où il est plus question d’émotion que d’attitude – cette fameuse attitude dont les jeunes amateurs de mode commencent à se lasser. “I have quite an old fashioned sense of art and it’s very much about emotion, about that unexplainable joy you might feel when looking at something you find sublime” explique-t-elle.

"No boundaries", bouleverser les codes de la photographie

Le paysage de la de la photographie de mode est en pleine mutation et donc en progression, grâce aux photographes de sa trempe: Charlie Engman ou encore Alasdair McLellan sont comme elle, des photographes aux idées avant-gardistes qui contribuent à ce renouvellement des standards photographiques. Ces personnalités fortes ont d’ailleurs commencé, dans un premier temps, à promouvoir et parfaire leur art en dehors du contrôle des institutions établies (galeries, agences). C’est ce qui leur a permis de développer une excellente maitrise des techniques de leur medium.

Parfaitement à l’aise avec l’essor du digital, leur approche à la photographie est dynamique et multidimensionnelle. Et si c’est du côté de la mode que son travail est célébré, l’application des talents de Weir est enrichie par son ouverture d’esprit et sa curiosité – elle voyage souvent dans des zones reculées (et parfois en état d’instabilité sociale socio-politique) afin de saisir de manière spontanée la réalité et parfois la difficulté de la vie ailleurs. Et c’est justement dans l’étude de l’ailleurs, de l’autre qu’elle s’épanouit pleinement.

Encore aujourd’hui, certains groupes sociaux ou certaines contrées sont parfois absents de la cascade abondante d’images à laquelle nous sommes constamment exposés (grâce/à cause d’Instagram?). Or, la diversité est un des chevaux de bataille d’une génération prônant et célébrant la richesse des échanges culturels. S’affranchissant de toute attache, le catalogue proposé par la jeune anglaise est aussi édifiant que varié: elle alterne photoshoots de rappeurs à controverse (Young Thug à Atlanta pour Dazed), portraits d’inconnus en Palestine et photo-reportage au Sénégal en collaboration avec i-D (un des plus beaux projets éditoriaux de 2015). Les barrières et les restrictions n’ont plus de raison d’être, seuls comptent la véracité et la pertinence des sujets traités.

Une vision singulière, enrichi par le point de vue féminin

Malgré son jeune âge, elle fut la seconde femme à être signée chez Art Partner; l’agence qui représente des pontes de la photographie tels que Mario Testino, Steven Klein et Mert Alas & Marcus Piggott. Dans un environnement où les hommes dominent encore le monde de la photographie, le travail d’Harley Weir se distingue par cette aptitude à célébrer les attributs physique du corps féminin et la féminité au sens large. Dans son allocution à la conférence TEDxEuston l’an dernier, l’auteure nigérianne Chimamanda Ngozi Adichie rappelait qu’une féministe est « une personne qui croit en l’égalité sociale, économique et politique des sexes ». Et si on devine en filigrane de la célébration de ces femmes et du rapport qu’elles entretiennent avec lui une certaine fierté, il serait inexact de qualifier son travail d’oeuvre féministe. On peut cependant interpréter cette observation comme un refus de se conformer aux idées propagées par les travaux de ses pairs. Avec Vivianne Sassen, Inez van Lamsweerde (Inez & Vinoodh) ou plus récemment Coco Capitan, il est captivant de constater qu’en plus du statut parfois limitant de simple muse ou modèle, les femmes sont elles aussi amenées à être les démiurges d’un imaginaire auquel elles contribuent amplement depuis de nombreuses années.

La sensibilité à fleur de peau et le mordant des clichés de Weir leur permet de se distinguer, grâce la beauté (imparfaite, et donc humaine) qui en émane mais surtout parcequ’ils cristallisent l’envie de la génération actuelle de se réconcilier avec les notions de sincérité, de simplicité et de spontanéité. C’est d’ailleurs la synthèse de ces mêmes notions qu’on retrouve magnifiées dans la dernière campagne incandescente et donc NSFW de Calvin Klein (très justement baptisée Erotica); dans laquelle Kendall Jenner, Abbey Lee Kershaw et Saskia de Brauw gagnent en voluptuosité et insolence sous l’objectif transcendant de l’anglaise.

Nous vous invitons à découvrir plus amplement son travail via son site http://www.harleyweir.com/LINK2.html, son tumblr http://harleyweir.tumblr.com/ ou à la suivre sur instagram http://instagram.com/harleyweir