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Singularities

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Sep 07, 2017Julie Dao Duy

Marquée par un véritable renouveau, la 44ème édition de la Fashion Week de São Paulo a célébré la diversité et l’héritage multiculturel du Brésil. Les thèmes abordés cette saison ont révélé une envie de transcender les repères et bousculer les codes en revisitant l’histoire et la culture du pays. Partenaire officiel de la Fashion Week de São Paulo, PeclersParis était sur place pour vous livrer toutes les nouvelles tendances de la saison !

En quête de spiritualité

La saison précédente, nous avions évoqué le syncrétisme comme marqueur fort de l’identité brésilienne. Cette saison, celui-ci était présent dans les thématiques abordées mais aussi les collections et décors choisis. La reine du beachwear Lenny Niemeyer a puisé son inspiration dans les oeuvres mystiques d’Emma Kunz et Hilma Af Klint – peintres avant-gardistes suédoises de la fin du 19è siècle – dont les œuvres abstraites sont empruntes de spiritualité.

Paula Raia, célèbre pour son prêt-à-porter artisanal de luxe, a rendu hommage au féminin sacré : elle a fait remettre aux invités de longues blouses en lin rose avant qu’ils n’entrent dans des salons où trônaient de gigantesques cristaux, des flacons de sel de l’Himalaya et de l’encens. Les modèles, tout de rose vêtu, dansaient au son d’une musique new age.
Cotton Project a poursuivi son travail autour de la relaxation (Instinct: Inspirations SS19), dans l’espoir de trouver un antidote à l’anxiété urbaine. Sa nouvelle collection « Cosmic Psycho » s’intéresse à l’astrologie et au mysticisme. La quête de sens de la marque de street wear s’est révélée être un concept mystico-fictionnel. Le genre « Psy-Fi » serait-il né ?

Modernisme 4G

Plusieurs designers se sont inspirés du modernisme brésilien, un mouvement qui a vu le jour lors de la Semaine d’art moderne organisée à São Paulo en février 1922. Fondé par un groupe d’artistes et écrivains brésiliens, celui-ci avait pour mission de développer une véritable identité artistique brésilienne, en s’affranchissant notamment des modèles coloniaux.
Osklen s’est mis au défi de réinterpréter le travail de la peintre Tarsila do Amaral (son tableau, « Abaporu » est l’une des œuvres d’art brésiliennes les plus célèbres) en revisitant littéralement les formes, motifs et tonalités sur des imprimés subtils ou en version color block.

La marque Triya s’est quant à elle inspirée du poème fondateur de la modernité brésilienne « Erro de Português » d’Oswald de Andrade, en imaginant un vestiaire influencé par les cultures locales, faisant la part belle aux imprimés tropicaux et à l’artisanat indigène. Apartamento 03 s’est également inspiré d’un personnage célèbre de l’histoire de l’art brésilienne, l’urbaniste et paysagiste Lota de Macedo Soares. Compagne de longue date de la poétesse américaine Elizabeth Bishop, Lota a été l’une des actrices majeures de la création du parc de Flamengo designé par Roberto Burle Marx à Rio, sans que son travail ne soit vraiment reconnu.

Redécouvrir les richesses de l’artisanat

Plusieurs designers ont fait vivre une véritable expérience brésilienne au travers de leurs collections en multipliant les détails, en choisissant des matériaux locaux et en collaborant avec divers artisans. Pour la première fois, la designer Giuliana Romanno a délaissé ses silhouettes urbaines en total look black au profit d’une collection aux tons doux, agrémentée de pièces de jute ou de raphia tressées à la main par des membres de l’ONG amazonienne« Casa do Rio Tupana ».

Helô Rocha a puisé dans ses racines brésiliennes pour offrir « Tropical Dreams », une collection riche en pièces de dentelle réalisées par des artisans de Timabúba dos Batistas (Nord-Est du Brésil). Solaire, la collection Patbo a également misé sur le raphia, les broderies et matières naturelles, avec un accent méditerranéen.

Enfin, la petite marque LED (présentée dans le cadre d’un projet SMB baptisé « Sebrae Top 5 ») a su séduire avec des looks urbains composés de pièces de maille ou matelassées réalisées dans des matériaux synthétiques. Preuve que les matériaux naturels ne sont pas les seuls à pouvoir être travaillés de manière artisanale.

 

Revisiter l’Afrique

Toujours en quête d’un équilibre en matière de diversité, certains designers se sont appuyés sur les influences historiques et flux migratoires du Brésil pour illustrer la richesse de leurs origines africaines, trop souvent marginalisées ou caricaturées.

Coven, par exemple, a imaginé un vestiaire s’inspirant du continent africain, avec notamment des mailles et tenues agrémentées de pierres et de raphia. Sissa a présenté la collection« Nzuri Artesania » (en Swahili, Nsuri signifie beau, en espagnol, Artesan signifie artisanat). La designer Alessandra Affons, qui a grandi à Bahia, berceau de la culture afro-brésilienne, a imaginé des motifs et coloris mettant à l’honneur la synergie entre les deux cultures.

Invitée spéciale de la Fashion Week, la marque américano-sibérienne Jahnkoy a marqué les esprits avec une présentation arty de sa collection baptisée « The Displaced: crafting revolution » dans les espaces publics de la Biennale. Une performance de capoeira a laissé place à un défilé entièrement chorégraphié. Fidèle à l’ADN de la marque, la collection mixe sportswear et pièces inspirées de l’Afrique, de l’Asie centrale, et d’Amérique du sud réalisées à la main pour délivrer une série de messages socio-politiques sur fond de culture urbaine, comme « 1,99 » (en référence à la fast-fashion) et « Don’t bring your shit to me. Don’t’s bring good shit to Africa » – en signe de protestation contre les grands groupes qui se débarrassent de leurs déchets sur le continent africain.

En effectuant des recherches sur ses ancêtres, Apolinário, de la marque Cemfreio, a découvert des similitudes entre le vocabulaire du street art et les idéogrammes Nsibidi originaires du Nigeria. Cemfreio a ainsi collaboré avec la marque de beauté naturelle Natura pour imaginer « Toda Beleza Pode Ser » (Toutes les beautés existent), une collection développée par Apolinário et personnalisée par des volontaires, présentée lors de la grande finale de la SPFW au son de tambours brésiliens.

Together

D’autres initiatives ont mis en évidence que l’esprit collaboratif et l’envie de démocratisation n’avaient jamais été aussi présents dans le milieu de la mode. Plusieurs shows ont eu lieu dans des espaces publics (le défilé de Ronaldo Fraga s’est déroulé en plein milieu du parc Ibirapuera), les coulisses étant accessibles aux visiteurs après les défilés.

Vitorino Campos, pour sa part, a décidé de présenter sa collection dans sa propre boutique, sans faire appel à des mannequins. Bannissant toutes les couleurs de sa collection, le créateur a choisi de mettre à disposition tous les modèles en ligne et en open source.

La marque avant-gardiste d’Upcycling A la Garçonne, qui n’était pas prévue au programme officiel de la SPFW, a invité le public sur la scène du théâtre municipal de São Paulo. La griffe avait également invité 10 autres marques (dont Hering Lupo et Dixies) à participer au développement de la collection – chacune d’entre elles étant invitée à laisser l’étiquette de sa marque visible pour mettre en avant le partenariat. Samuel Cirnansck a développé sa collection de robes agrémentée de vêtements en denim et de pièces plus Couture, tout en lançant son partenariat avec Mercado Livre, géant de l’E-commerce à la croissance exponentielle.