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Sep 06, 2018Julie Dao Duy

Par Julie Dao Duy

Les créateurs de mode, Martin Margiela en tête dès les années 90, l’ont déjà bien compris :  l’ « upcycling » est devenu un incontournable pour redorer l’image de la mode. Les rapports environnementaux tirent la sonnette d’alarme : une étude McKinsey en collaboration avec Business of Fashion (2018) estime que moins d’1% de la matière utilisée pour produire des vêtements sera recyclée après usage. Les jeunes créateurs embrassent le problème à bras le corps, proposant des collections faites de chutes de vêtements, comme Andrea Crews, ou donnant une seconde vie aux produits, comme les foulards de Marine Serre. L’utilisation d’invendus, de chutes et de fripes apporte alors un supplément d’âme à une industrie à bout de souffle et au bord du burn-out.

Du côté du marché de la beauté, l’effort consacré au recyclage se concentrait jusqu’alors sur le packaging ou sur les « restes » des cosmétiques déjà utilisés. Mais depuis peu, des produits créés directement à partir de déchets apparaissent sur le marché, révolutionnant l’image d’une beauté green et « clean ».

Les nombreuses vies des arbres fruitiers

La préservation de la nature, pour de nombreuses marques de cosmétiques, passe par une sélection pointue d’ingrédients cultivés de façon respectueuse, le refus d’utilisation de parabens et autres composants chimiques, un engagement cruelty-free et bien sûr le choix d’un packaging issu du recyclage ou recyclable et compostable. La dernière gamme de produit L’Oréal, intitulée Seed, coche notamment chacun de ses critères. Mais de jeunes marques indépendantes vont encore plus loin, proposant des produits de beauté créés à partir des déchets d’arbres fruitiers, comme le bananier ou encore l’oranger des Osages, réduisant d’autant plus leur empreinte environnementale.

C’est le cas de la marque Kadalys, créée par Shirley Billot, qui met en avant les multiples bienfaits du bananier. Elle est surnommée « la plante aux milles usages » ; feuille, sève, fleurs, ou racine sont utilisés et révèlent des pouvoirs propres : anti-âge, cicatrisant, apaisant, favorisant la lactation, luttant contre la peau grasse ou encore antifongique.Chaque année ce sont près de 270 000 tonnes de bananes qui sont transportées en bateau vers l’Europe. Mais 15% d’entre elles ne seront jamais vendues car abîmées, imparfaites ou seules. Pour lutter contre ce gaspillage, Kadalys récupère les bananes « moches et célibataires » et les transforme en soins de qualité pour la peau.

 

Du côté de l’Amérique du Nord, un étrange arbre fruitier, assez peu connu en Europe, a lui aussi trouvé une nouvelle vie. L’Oranger des Osages, planté en haies très serrées pour parquer le bétail ou encore utilisé comme arbre d’ornement, donne de gros fruits verts, de la taille d’une orange mais non comestibles. Parfois utilisé comme répulsif pour les insectes ou pour traiter les rhumatismes, ce fruit au parfum citronné reste majoritairement jeté par les agriculteurs qui n’y trouvaient jusqu’alors que peu d’utilité.

Todd Johnson, chimiste et entrepreneur, s’est pourtant intéressé à ce fruit mal-aimé. Il a découvert que ses graines, transformées en huile, cachaient des vertus anti-oxydantes, anti-inflammatoires, antimicrobiennes et antifongiques. La Pomifera Oil (du nom scientifique de l’arbre) est désormais vendue dans les boutiques pointues de New York, revendiquant ses multiples bienfaits pour les cheveux et la peau.

Une autre pratique intéressante à étudier pour les marques de beauté est celle de l’effeuillage. Cette pratique agricole, qui consiste à éliminer les feuilles, bourgeons ou fruits en surnombre, permet d’assurer une meilleure récolte. Elle est conseillée pour obtenir des fruits plus gros, plus juteux, avec plus de goût, mais aussi pour diminuer le risque de maladie pour les arbres. Ce « surplus » est généralement jeté par les agriculteurs. Il apparait cependant comme une source de matières premières intéressante. C’est notamment le cas des « baby apple », récupérées par Botanica comme ingrédient phare dans la formulation de produits pour la peau. Un exemple à suivre, développé dans notre dernier cahier Beauté et Bien-être SS20 !

Les résidus de la parfumerie

« Concevoir un parfum qui redonne du sens aux déchets et autres résidus de l’industrie du parfum et dire à tous, plus vite, plus fort, que du miasme peut rejaillir le beau et le bon. Nos déchets ont encore plein de sens à redistiller » affirme Étienne de Swardt, fondateur d’État Libre D’Orange, marque de parfums aux créations irrévérencieuses.

 

Il s’était déjà fait remarquer sur le marché avec ses parfums« Putain des Palaces », « Fat Electrician » ou encore« Attaquer le soleil ». Cette fois-ci ce sont bien les déchets du secteur de la parfumerie qui intéressent la marque française. « I am Trash, les Fleurs du déchets » sera commercialisé à l’automne 2018. En attendant, la marque, qui a collaboré avec l’agence Ogilvy, dévoile un teaser inattendu qui rend hommage à la renaissance des déchets.

La nouvelle vie du marc de café

Une fois filtrés, seulement 1% des nutriments finissent dans notre tasse de café. Plus de 99% des « bonnes choses » sont donc perdues, jetées. C’est le constat d’une jeune marque danoise, Grums Aarhus, qui se lance en 2017 dans le recyclage du marc de café. Leur gamme de produits exfoliants pour la peau lutte contre le gaspillage en récupérant les restes de café des commerces environnants. Les jeunes entrepreneurs n’inventent rien, les recettes DIY proposant des masques ou body scrub à base de café se sont déjà multipliées sur la toile. Mais leur démarche responsable s’ajoute aux bienfaits du café comme antioxydant, anti-inflammatoire et dont la texture redonne fermeté et élasticité à la peau, tout en favorisant la circulation du sang et éliminant la cellulite.

Pour plus d’informations, merci de contacter charlotte.delobelle@peclersparis.com