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Singularities

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Apr 20, 2015Rémi Le Masson

A l’image des 10 grands principes du « good design » définis par Dieter Rams dans les années 80’s, ou plus récemment la notion de « simplexité » (rendre simple une chose compliquée) démocratisée et revendiquée par Ora Ito, le designer est bien souvent perçu comme un « fluidificateur d’usages » : capable de rendre les objets du quotidien à la fois plus séduisants mais aussi plus accessibles, économiseurs de temps, d’espace ou d’énergie.

Mais un utilisateur choyé, assisté et sur-protégé, est-il forcément un utilisateur heureux ?

C’est en tout cas la question que se pose de nombreux designers qui, pour éviter que l’activité humaine ne se réduise bientôt qu’au strict minimum à force de facilitation, imaginent de nouveaux produits et services pensés pour faire sortir l’utilisateur de sa zone de confort : le stimuler, le mettre en difficulté, jusqu’à l’éprouver…

L’inconfort comme élixir de jouvence

Situés au Japon, et imaginés pour les seniors par l’architecte Shusaku Arakawa en collaboration avec le poète Madeline Gins, les « lofts du destin réversible » prennent le contrepied des traditionnelles maisons de retraites et autres résidences pour personnes âgées.

Sols bosselés, proportions inhabituelles, escaliers irréguliers… Dans ces habitations aux couleurs pop presque stridentes, tout est pensé pour stimuler les personnes âgées plutôt que de miser sur le tout sécuritaire : encourager les déplacements, favoriser l’autonomie, booster l’agilité cognitive et entretenir les facultés d’adaptation.

L’effort et la sueur comme monnaie d’échange

Installé par Nike dans les rues de Manhattan, le Nike Fuel Box est un distributeur automatique de goodies, chemises, chaussures et objets connectés. Jusque là rien d’anormal.

Mais plutôt que d’avoir opté pour un système de rétribution traditionnel, la marque a choisi de n’offrir ses produits qu’en échange de points FuelBand® Nike, eux-mêmes proportionnels aux performances sportives de l’utilisateur.

Bousculer l’utilisateur, un mal pour un bien

A travers une série d’objets intitulée « The Pleasurable Troublemakers » (« les agréables fauteurs de troubles »), le designer Matthias Laschke cherche à faire disparaitre certaines mauvaises habitudes de l’utilisateur (procrastination, paresse, gourmandise ou gâchis d’énergie) en l’encourageant à modifier, ou du moins à mieux gérer, son comportement :

Le fifty/fifty cake est un moule à gâteau divisé en deux parties : l’une réservée aux préparations « light » et l’autre réservée aux préparations plus caloriques. Une fois le gâteau démoulé, l’utilisateur se retrouve confronté à un choix : celui de déguster une part du milieu « fifty/fifty », ou une part située à l’une ou l’autre extrémité, qui sera soit hyper calorique, soit hyper light.

Le projet « Key moment » se présente sous la forme d’un patère constitué de deux clés : une clé de voiture, et une clé d’antivol de vélo. Lorsque c’est la clé de vélo qui est choisie, rien ne se passe, mais si l’utilisateur préfère opter pour la clé de voiture, la clé de vélo tombe sur le sol, forçant l’utilisateur à la ramasser, et l’invitant à éventuellement changer d’option.

Le projet Do/panic enfin, est un système qui permet de désencombrer son espace de travail à l’aide de grilles projetées sur le bureau qui mettent en évidence le désordre, et invitent l’utilisateur à réorganiser les objets de façon plus rationnelle.