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Singularities

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Oct 13, 2016Julie Dao Duy

Par Julie Dao Duy

Deux univers se rencontrent : l’un au caractère immuable, l’autre en proie aux tendances fugaces et éphémères. Mode et littérature n’ont pourtant jamais cessé de s’influencer l’un l’autre. De grands noms de la mode ont ainsi puisé l’inspiration nécessaire à leurs créations. Sonia Rykiel, dont on honore aujourd’hui l’oeuvre, revendiquait ces liens extrêmement forts : « Je n’ai jamais pu démêler la littérature de la mode, ça fait partie de la même histoire ». Elle-même fut à l’origine de plusieurs ouvrages. Inversement, de grands auteurs, tel Oscar Wilde, se sont passionnés pour cet art. Après avoir écrit, en 1885, l’essai intitulé « Philosophy of a Dress », celui-ci devint rédacteur en chef du magazine de mode The Woman’s World.

Les interactions entre la mode et les lettres quittent aujourd’hui le domaine de l’esprit et gagnent du terrain sur les catwalks, jusque dans les boutiques et les musées.

En septembre dernier, à Londres, tous les yeux étaient rivés sur la dernière collection Burberry SS17 de Christopher Bailey, la toute première à se lancer dans le fameux « see now buy now ». Alors que le débat fait rage dans la fashion sphère, le créateur a choisi de s’inspirer d’un classique de la littérature anglaise , « Orlando », de Virginia Woolf, auteure anglaise elle-même devenue une icône mode. Une façon pour Bailey de boucler la boucle et de s’inscrire dans la durée ? Chaque invité a pu repartir avec une copie de l’ouvrage original. Un souvenir en hommage aux grands classiques qui tranche (volontairement) avec l’immédiateté d’une collection aussitôt vue, aussitôt vendue.

Quelques jours plus tard, à Milan, s’ouvrait le défilé Gucci d’Alessandro Michele. A l’entrée du show, dans une ambiance boudoir, les invités se sont vus offrir une citation de Vladimir Nabokov, imprimée sur un joli papier. L’auteur de Lolita est une source d’inspiration pour le créateur italien qui puise dans les romans et contés de fées les personnages et héros de ses défilés.

Coco Chanel est la figure de proue de cette fascination pour le monde des lettres. Cette passionnée de littérature et de poésie avait installé rue Cambon une gigantesque bibliothèque. Depuis 2007, sous la houlette du commissaire Jean-Louis Froment, « Culture Chanel » retrace l’histoire de Gabrielle Chanel et de sa maison de couture à travers différentes expositions qui voyagent de Moscou à Pékin, en passant par Séoul ou Paris… Cette année, c’est à Venise que s’ouvre le 7ème volet intitulé « La donna che legge » (« La femme qui lit »). Les visiteurs y découvrent, depuis début septembre, la passion de Coco pour les auteurs antiques (Homère, Virgile…) et les poètes modernes (Mallarmé ou Cocteau).

Sonia Rykiel, Coco Chanel, Yves Saint Laurent ou Karl Lagerfeld (le défilé anniversaire Fendi à la fontaine de Trevi, en juillet 2016, rendait hommage au conte norvégien East of the Sun and West of the Moon) mais aussi une nouvelle génération de créateurs s’intéresse à la littérature et à la philosophie qui deviennent une source d’inspiration majeure.

Le photographe Juergen Teller a même fait de l’iconique Joan Didion une figure de mode étonnement moderne et inspirante pour Céline l’hiver dernier. Le succès viral de cette campagne n’a fait que renforcer l’aura de l’auteure américaine.

A une échelle plus locale, Proêmes de Paris, jeune marque française créée en 2015, trouve ses thèmes de collections dans l’univers des lettres, en s’inspirant de l’étymologie ou de la sémantique.

Leur première collaboration avec le concept store Colette célèbre cet amour de la mode et de la littérature avec un cycle de conférence, des ateliers d’écriture et même un concours de nouvelles et de rébus… L’écrivain et journaliste Sophie Fontanel, le calligraphe Nicolas Ouchenir, Pascal Monfort, directeur mode du magazine Sport & Styles, ou encore l’écrivain Amy Goldwasser et l’illustrateur Peter Aryle, participent aux ateliers qui se tiendront jusqu’au 12 janvier 2017 au 213 rue Saint Honoré.