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NATURALITÉ

Nous vous proposons ce mois-ci un point sur la Nature, un des piliers fondamentaux de nos recherches socioculturelles depuis le lancement de nos cahiers Futur(s) en 2000. Nous avons donc dressé un tableau des principales dynamiques actuelles et des notions clés qui nous amènent à  redéfinir le champ de la « naturalité ».

Nous allons décrypter trois évolutions récentes : la quête de sauvage, la responsabilité engagée, la communion empathique.

Bonne exploration !

LA QUETE DE SAUVAGE

Le mythe de la Nature sauvage, originelle et non contaminée, fascine, comme pour confirmer la permanence de l’opposition Nature / Culture. Plus l’impact de l’humanité sur terre menace les grands équilibres, plus le mythe de cette nature vierge, image idéale du paradis perdu, prend de l’ampleur dans l’inconscient collectif. Les ingrédients essentiels et élémentaires, à la fois mythiques, universels et bienfaisants (comme le miel, les oligoéléments, minéraux, algues…) suscitent ainsi de plus en plus l’engouement des consommateurs.

Après la cuisine et la santé, cette recherche de sauvage atteint le design et l’architecture et pénètre tous les champs du quotidien. Inspirée des pratiques « Locavores », la tendance culinaire qui met au premier plan l’originalité d’ingrédients locaux, naturels et sauvages, crus ou travaillés avec simplicité, se démocratise. En cosmétique, la fraîcheur, le cru et le sauvage s’imposent comme une tendance clef, avec venins, bave d’escargot et plantes de l’extrême au fort pouvoir symbolique. Enfin, venues des Etats-Unis, les activités prônant un retour à la « nature d’avant » (mouvement paléo et « paleo diet ») connaissent, elles aussi, un vif succès.

(1) Le succès de l’événement annuel Native Cooking Awards (créé en 2012 au Danemark) a attiré en 2013 quelques-uns des chefs européens les plus novateurs (2) En 2013, la marque de Whisky Dewar’s a utilisé l’art des abeilles pour créer une bouteille en rayons de cire afin de fêter le lancement de son « Highlander Honey Whisky » (3) Publié en 20132, « The Paleo Slow Cooker » est un livre dédié à la cuisine et au régime Paléo.

RESPONSABILITE ENGAGEE

Avec la vulgarisation de la théorie de l’anthropocène, nous prenons conscience, pour la première fois dans l'histoire de notre planète, que l’évolution de la terre est substantiellement affectée par l’activité humaine. Cet éveil collectif, relayé par le désir d’engagement et la puissance des nouveaux réseaux d’information, impose une pression sans précédent sur les grandes multinationales. L’engagement des marques en faveur de la protection de l’environnement est ainsi devenu un puissant vecteur d’adhésion pour les consommateurs.

Responsabilité aussi au niveau individuel avec la sobriété heureuse, un concept forgé par le penseur agriculteur Pierre Rabhi. Il défend l’idée d’une humanité capable de se recentrer sur ses besoins vitaux et essentiels, avec les moyens les plus simples et les plus sains. Il s’agit en quelque sorte d’un hédonisme vertueux qui nous permet de vivre plus légers.

(1) Publié en 2013, L’Age de l’Homme est un livre qui explique le phénomène de l’anthropocène et explore les solutions pour rééquilibrer les relations entre l’homme et la Nature. (2) En 2014, Greenpeace relaie l’engagement pris par L’Oréal de contribuer à la préservation des forêts tropicales en excluant l’huile de palme issue de la déforestation de sa chaîne d’approvisionnement, d’ici 2020. (3) Au Nom de la Terre est le film de P. Rabhi, sorti en 2013, qui illustre et développe la notion de sobriété heureuse.

COMMUNION EMPATHIQUE

Après l’éveil, centré sur  la préservation des merveilles du vivant, l’humanité prend conscience de la prééminence de la pensée éco-systémique. L’homme se conçoit désormais comme lié à l’écosphère, c’est-à-dire connecté de façon interdépendante au monde vivant (idée de communion avec la nature, d’alliance entre nature et technologie, de contrat naturel). Preuve en est le besoin que l’homme a de se raccorder aux rythmes de la nature, de valoriser de nouveaux rapports à la terre (valorisation de la biodynamie et de l’agro-écologie) ou encore le progrès de d’éthique animale, qui fait entrer les animaux dans la sphère morale, mais aussi dans une nouvelle conception de l’écologie : apprendre à aimer pour mieux protéger… plutôt que de culpabiliser.

Le lien empathique avec la Nature prend même la forme d’un partenariat d’égal avec égal, comme dans le « biofacturing »  où l’homme s’appuie sur les processus naturels du vivant pour co-créer en collaboration avec la Nature.

 (1) Les moissons du futur, livre publié en 2013, est tiré d’un documentaire résolument optimiste sur les remèdes à la crise alimentaire et qui démontre notamment que l'agro-écologie peut nourrir le monde. (2) Amazonia est un film de 2013 contant l’histoire d’un bébé singe en Amazonie : un regard empathie pour apprendre la Nature « de l’intérieur », pour mieux l’aimer et savoir la protéger. (3) Passer du biomimétisme d’imitation au biomimétisme collaboratif : c’est l’esprit de Biological Atelier AW 2082 by A.Congdon où le vivant est au service de la joaillerie avec des matériaux non pas fabriqués mais «cultivés». 

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