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Nov 19, 2019Sandrine Maggiani

En quête de solutions alternatives à la pénurie imminente de matières premières et ressources naturelles, la designer Alexia Venot, diplômée de L’ENSAD, place les enjeux écologiques et sociétaux au centre de son processus créatif.  

        

Son Ambition:  Explorer de nouveaux matériaux jusqu’ici considérés comme des déchets, croiser les savoir-faire, interagir positivement et durablement sur la transition écologique, l’agriculture, la technique et l’humain pour contribuer à construire le monde de demain. 

En collaboration avec un artisan, un laboratoire et un industriel Alexia crée Hay & Husk, matériaux, textiles et papiers agro-sourcés fabriqués à partir de pailles, balles et pâtes de riz, déchets issus de la riziculture française et dont les propriétés sont encore méconnues. 

Cette collection offre une variété d’applications, du revêtement à l’objet, totalement biodégradables et recyclables. Grâce à des procédés artisanaux et industriels, la designer a généré tout un écosystème de solutions incluant l’extraction de la matière, sa transformation et sa fin de vie pour une économie locale, circulaire et durable. 

Notre cahier Environnement&Design SS 21 célèbre la créativité de talents émergents et confirmés pour illustrer nos convictions, nos partis-pris et vous inspirer tout au long de la saison.  Découvrez l’interview de Alexia Venot: 

Sandrine Maggiani : Pourquoi avoir choisi de créer une collection à partir de déchets ?

Alexia Venot : Parce que le rôle d’un designer est de contribuer à la préservation des ressources naturelles de la planète. Hay & Husk part d’une volonté de matérialiser un drame écologique, celui du brûlis des pailles de riz à l’échelle locale et mondiale. Il est temps de changer nos manières de produire en imaginant de nouveaux matériaux et de nouvelles formes de collaborations qui pourraient prévenir un impact environnemental négatif, irréversible pour notre planète.

SM : Quel message avez-vous souhaité transmettre en créant la collection Hay & Husk, comment contribue- t’elle a la création de solutions durables ?

AV : La collection porte un message positif mais incite aussi à une prise de conscience en proposant des concepts réalisables et pérennes issus de matières locales. La collection de textiles et matériaux invite à une contemplation bienveillante, rassurante, en puisant ses référents chromatiques et graphiques dans les paysages camarguais, espaces les plus vulnérables aux transformations anthropiques et dont les conséquences sont les plus visibles.

SM : A l’ère d’une crise écologique sans précédent, comment le design pourrait-il devenir un acteur significatif et positif dans la lutte contre le changement climatique ?

AV:  La crise écologique actuelle, peut nous plonger dans un certain pessimisme, dans un état d’anxiété général, ne nous laissant pas d’autre choix que d’apprendre à coexister avec la catastrophe que nous avons créée, comme le réchauffement climatique.

Au contraire, nous pouvons aussi voir cette crise comme une formidable occasion de refaçonner l’environnement, mettre en place de nouveaux modèles, de nouveaux systèmes, de nouvelles formes de collaborations où le design serait un acteur prioritaire pour accompagner la transition écologique.

 SM : Que pensez- vous du pouvoir des objets éco-conçus sur l’environnement ?

AV : Les produits éco-conçus ont un pouvoir unificateur dont l’objectif est de prévenir l’impact sur l’environnement comme sur les comportements. Ils concernent tous les acteurs de la société, toute discplines confondues.   Le pouvoir des matières et des objets me paraît plus fort qu’un discours alarmant ou moralisateur. C’est par l’émotion que l’usager éprouve l’objet.

Toutefois, nous avons également besoin d’un nouveau souffle dans l’éco-conception. Le danger serait de développer une conception uniquement régie par des données mesurées et tomber dans une nouvelle forme de standardisation.  Il faudrait laisser place à plus de spontanéité, de poésie, ou encore à l’aléatoire, tout en restant attentifs aux contraintes. C’est d’ailleurs par la contrainte que naissent les solutions les plus pertinentes.  

SM : A l’avenir, comment envisagez-vous le design, quels effets souhaitez-vous produire dans l’absolu comme dans le quotidien ?

AV : Dans l’idéal, je souhaite que le design sensibilise davantage les personnes à «notre»  responsabilité envers les produits, la durée de leurs cycles de vie. En améliorant notre connaissance et notre rapport aux objets par le matériau, en donnant à voir leur nature, leur origine ou encore les procédés de fabrication, le design « durable » invite à la sollicitude voire même à l’affection à l’égard des objets devenus familiers.

Le designer du futur s’inscrit dans un collectif à la fois collaboratif et coopératif, respectueux des êtres vivants. Il a vocation à rassembler, il est démocratique et résilient.

 

Nos cahiers de tendances saisonniers et nos équipes conseil sont à vos côtés pour inspirer votre processus de création, vous accompagner dans la conception de vos produits et collections, réconcilier objectifs de marque et aspirations consommateurs.

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