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Singularities

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Apr 10, 2020

Qualités esthétiques, durée de vie prolongée, écoconception, caractère transmissible, inclusif et résilient…le design du futur se nourrit de ces interrogations, auxquelles toutes les générations de designers, les marques et les industries s’empressent de trouver des réponses. Il en va de l’avenir de la planète.

A l’occasion de la sortie du cahier Environnements & Design FW 21-22,  Patricia Beausoleil, Directrice Home, Environments & design, nous apporte des éléments de réponse pour la saison prochaine et au-delà…

Sandrine Maggiani: Selon vous, que veut la nouvelle génération de designers?

Patricia Beausoleil: Cette nouvelle génération de designers prend conscience de son rôle et de la nécessité d’apporter des solutions à la transition écologique. Son travail créatif doit s’inscrire dans la durée et la prise en compte de tout l’écosystème sociétal qui l’entoure.  Plus que jamais les jeunes designers désirent apporter du sens, minimiser leur impact, réfléchir à des matériaux alternatifs, défricher les matières de demain. Ils se mobilisent pour rendre inventif et attractif le recyclage, les déchets, les produits eco-conçus, dont ils intègrent la dimension dès le stade de la conception.

Ils hybrident avec fluidité les modes de production – artisanal et industriel- les époques et les typologies… Le design inclusif et le partage reviennent souvent au cœur de leurs préoccupations. C’est dans le travail collaboratif qu’ils puisent les meilleures solutions pour développer des créations esthétiques ancrées dans le réel et le pratique au quotidien.

SM: Quel est le pouvoir des objets éco-conçus aujourd’hui et à l’avenir ?

PB: L’éco-conception est au cœur de la réflexion des entreprises qui s’inscrivent dans le futur, trop conscientes que créer un produit sans anticiper son cycle de vie et son recyclage est impossible. C’est également en décalage avec les attentes même des consommateurs, désireux de contribuer à l’avenir de la planète en adoptant des actions éco-conscientes.

« Nous avons d’ailleurs rencontré de nouveaux éditeurs qui feront l’objet d’un focus dans le prochain cahier, et qui ont pris le parti de n’éditer que des pièces éco-conçues ».

Pour une marque qui veut devenir un acteur incontournable, l’éco-conception est une contrainte parmi d’autres, à laquelle son cahier des charges doit répondre. Ses enjeux : donner naissance à des objets et services réalistes, reconsidérer les processus industriels pour construire un produit utile. L’objectif  étant de correspondre à de véritables besoins, durable tout en restant esthétique. C’est un challenge soit, mais c’est stratégique à long terme. On ne peut plus penser à court terme au détriment de la pla​nète.

SM: Quel est le pouvoir d’influence du design aujourd’hui et demain ?

PB: Dans nos modes de vie, le design est au cœur de nouveaux usages, de nouveaux comportements. Un exemple incontestable : le smartphone qui illustre l’alliance du design et de la fonctionnalité. Le pouvoir du design-connecté est presque sans limite dans notre quotidien.

Le designer ou la marque visionnaire saura toujours proposer des objets facilitateurs de vie, de gestuelle… que les consommateurs n’anticipent pas mais qu’ils adopteront dans la pratique.  La  frontière entre le produit et le service  se brouille pour créer de plus en plus de fluidité entre le créatif et l’usager. Je crois beaucoup dans cette logique de ramener dans l’objet, dans son ergonomie, des valeurs intrinsèques à l’humain: de l’émotion, de la générosité, de l’inclusivité.

SM: Pouvez-vous nous expliquer votre méthodologie pour créer le cahier Environnements &Design ?

PB: Le cahier Environnement & Design se construit sur un assemblage, un croisement d’expertises. Au démarrage de chaque saison, nous organisons des sessions où chacun partage ses recherches, ses idées, ses intuitions desquelles on se nourrira tout au long du processus de création.

Nous sommes constamment en mode « têtes chercheuses » :  présents sur tous les salons, les expositions… Les voyages d’inspirations, la rue… font partie de notre cartographie créative. Nous construisons une vision commune, que nous traduirons ensuite dans tous les champs créatifs relatifs à nos domaines d’expertise. Que ce soit dans le textile, l’équipement de la maison, jusqu’aux objets connectés, accessoires, lifestyle, expérience retail, identité visuelle.

SM: Après cette concertation créative, comment se construit le cahier ?

PB: Avant de traiter des thématiques esthétiques, nous réfléchissons aux socles de valeurs sur lesquelles la société repose aujourd’hui : notre rapport à l’humain, à la nature, la science, les phénomènes socio-culturels …passés au prisme de l’environnement et du design. En parallèle, nous choisissons les initiatives de créateurs, de marques et d’entreprises qui proposent des projets, des solutions innovantes, que l’on mettra en lumière au travers d’interviews en résonnance avec nos 4 thèmes.

Enfin, nous transformons ces « 4 portraits de société » en expressions esthétiques, scénarii créatifs où se retrouvent nos sélections d’objets, de matières, de couleurs, de concepts…destinés à tous les secteurs d’activité grâce à leur transversalité et complémentarité.

SM: Quel sera l’esprit dominant de la saison FW 21-22 ?

PB: Nous nous sommes intéressées à la notion de matérialité et de temporalité en résonance avec  notre réflexion sur l’éco-conception et la durabilité. Nous sommes partis à la reconquête de la matière et nous avons récupéré des créations, des procédés… qui vont de l’Age du Fer jusqu’aux pièces émotionnelles dont la notion de durée repose sur notre rapport affectif à l’objet. Nous avons également travaillé la transformation ou la régénération de la matière à travers le temps…

« Ce que je retiens pour la saison prochaine, pour l’avenir… c’est le développement de la notion de création résiliente. Essentielle pour envisager le design du futur ».

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