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Sep 09, 2019Sandrine Maggiani

Questionner l’uniformisation, retrouver la joie de faire et de ne pas être parfait!

Notre nouveau cahier Environnements & Design SS21 célèbre la créativité de talents émergents et confirmés pour illustrer nos convictions, nos partis-pris et vous inspirer tout au long de la saison.  Découvrez  l’interview de Diego Faivre, jeune designer qui comme nous, ne veut plus attendre. Comme nous, il a la volonté d’agir et créer en pleine conscience des enjeux environnementaux et climatiques, en quête de justesse esthétique, d’émotions, d’un design optimiste…Avec« Minute Manufacturing », son  projet de remise des diplômes de la Design Academy Eindhoven, le jeune designer interpelle par son approche peu commune du design.

Le concept de Minute Manufacturing :

En contestant les méthodes traditionnelles de valorisation des objets, il a créé un système de fabrication dans lequel il conçoit des objets à la minute et en estime le coût selon le temps passé à leur fabrication, une minute équivalant à 1euro.

Chaque « produit » est élaboré à partir de déchets, notamment des tubes en carton, des boîtes en plastique et des lanières de cuir, ensuite recouverts d’une argile colorée à séchage à l’air appelée «pâte de Diego».

DESIGN SPONTANÉ ET OPTIMISTE

Sandrine Maggiani : Quelle est votre motivation à créer ?

Diego Faivre :« Concevoir pour créer un dialogue entre sérieux, absurde et poésie. En changeant la façon dont nous percevons, observons et offrons une nouvelle perspective aux objets dans notre vie quotidienne. »

 SM : Quelle était votre intention en concevant un projet tel que Minute Manufacturing ?

D F : Mes intentions étaient multiples. A commencer par obtenir plus de transparence dans la chaine de fabrication, parce que si les designers, l’industrie, proposaient une transparence totale en partageant leur processus, ils permettraient de découvrir l’élaboration, montrer le temps consacré, les efforts déployés et apporter de l’authenticité aux objets.  Aussi, revaloriser le facteur humain que l’on a tendance à oublier et par conséquent à ne plus voir l’effort derrière ces appareils que nous utilisons dans notre quotidien.

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SM : Pourquoi avoir choisi de transformer ou de créer à partir d’objets du quotidien ?

DF: Le design de notre époque est entièrement consacré à des objets bien conçus et fonctionnels, qui, parce qu’ils sont fabriqués en série finissent par devenir aseptisés.

Ce que nous achetons devient uniforme, et il devient difficile de créer un intérieur unique rempli de pièces reflètant votre personnalité et vos désirs.

Ce projet m’a permis de questionner l’uniformisation, retrouver la joie de faire, de m’amuser et de ne pas être parfait. Il s’agitd’injecter un sens de l’expression et une identité personnelle dans la fabrication tout en tout dénonçant les effets environnementaux du consumérisme et les formes normatives.

SM: Que vous apporte cette manière de travailler qui privilégie l’existant, la spontanéité …l’imperfection …L’objet unique ?

DF : C’est pour moi une manière de renouer avec le plaisir de « fabriquer manuellement ».  Cette façon de travailler apporte beaucoup de plaisir en raison du moment unique qu’elle crée. En fait c’est ma réflexion sur la spontanéité du geste, la gaîté qui transparait dans mes objets une fois recouverts d’argile colorée. Ainsi détournés de l’uniformisation industrielle, devenus uniques, ils se distinguent par leur approche visuelle joyeuse pour susciter un attachement émotionnel à leur aspect, à leur histoire.

SM : Comment votre manière de créer s’inscrit-elle dans le durable ?

 DF : En fait, la durabilité s’est inscrite naturellement dans ma création en utilisant des objets usagés, des rebuts refaçonnés pour être réutilisés, réparés, en constante évolution. Je privilégie des mélanges de formes organiques et des expériences dans lesquelles la relation entre concepteur et matériau est directe et primordiale.L’instinct est principalement présent dans le monde de l’art, mais il est intéressant d’apporter une production brute et spontanée à l’industrie…